janvier 2019

jeudi 3 janvier 2019

Two Billboards

Towards Los Angeles par Dorothea Lange, 1937 Photo en noir et blanc de format 6x6. Deux hommes, deux victimes de la Grande Dépression des années 30, deux Okies qui s’en vont rejoindre Los Angeles à pied. (Les Okies étaient au départ ces habitants de l’Oklahoma qui, à l’époque de la crise, prirent la route pour rejoindre la Californie ; ce surnom désigna bien vite tous ceux qui, chassés de chez eux, s’en allèrent vers l’ouest.) Même si la situation de ces deux hommes est catastrophique (ils n’ont pour tout bien qu’une valise et un sac), elle n’est pas désespérée. Au bout de la route, la Californie telle un Eldorado où poussent des pommes d’or. Le ciel est haut, dégagé, la route large, nette...

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samedi 12 janvier 2019

La vue va de soi

En couverture du supplément Scènes d’hiver de Libération paru le vendredi 11 janvier, cette photo d’un acteur aux yeux bandés. Pourquoi cet interprète de la toute nouvelle création de Falk Richter a-t-il les yeux bandés ? Aveugle volontaire ? Aveugle malgré lui ? Aveugle qui s’ignore ? La vue va de soi. Comme la vie devant soi. Et pourtant, nombreux sont les personnages qui ont les yeux bandés, ou qui les ferment volontairement sans aller jusqu’à les recouvrir. En ce moment sur Netflix, ce film à la une : Bird Box de Susanne Bier avec Sandra Bullock, Trevante Rhodes et John Malkovich. L’argument est le suivant : un virus venu d’on ne sait où pousse les gens au suicide ; le seul moyen de s’en...

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lundi 14 janvier 2019

Freud, la nièce et la mitraillette

Cette affiche photographiée dans le métro parisien, qui fait la réclame pour une exposition consacrée à Sigmund Freud, est agrémentée d’un aimable graffiti : Gros plan dudit graffiti qui dit : « Donc cette fameuse Justine est celle que vous appelez votre nièce. Intéressant. » Justine. Celle des Malheurs de la vertu de Sade ? Ou bien la “nièce” du cinéma américain des années 50, celle qu’on baptisait ainsi à cette époque faute de pouvoir la nommer maîtresse, gigolette ou encore deuxième bureau. Car en ces temps où régnait le joyeux Code Hays, il était interdit aux cinéastes d’appeler un chat un chat, et encore plus de le montrer (voir par là le chapitre concernant la représentation de la...

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mercredi 16 janvier 2019

Les fucking burgers du shutdown

Lundi dernier, Trump a reçu à la Maison Blanche les Tigers de Clemson, vainqueurs du championnat universitaire de foutbol amerlocain. Au menu, un buffet composé de chicken nuggets, hamburgers, pizzas, frites et autres joyeusetés hypocaloriques. « Nous avons commandé du fastefoude américain et c’est moi qui paye. » « C’est à cause du shutdown, comme vous le savez… Beaucoup de hamburgers, de pizzas, je pense qu’ils vont préférer ça à tout ce que nous aurions pu leur offrir », a déclaré le Président. Les joueurs n’ont pas tous compris le mot shutdown, mais ils ont dévalisé le buffet dont la note s’élèverait à environ 2 900 dollars. Que dire devant cette photo quasiment surréaliste ? Un...

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vendredi 18 janvier 2019

Portrait d'un mafioso présumé

La couverture du Monde Magazine à paraître ce samedi 19 janvier 2019 nous donne à voir un portrait en noir et blanc de Benjamin Griveaux, porte-parole de l’actuel gouvernement : Photo Simone Perolari Comment ne pas penser à un portrait de mafieux ? Je vais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser, celle d’une analyse expresse de cette image en trois points. La scène Elle évoque immédiatement une tralée de photos de truands amerlocains confortablement assis à l’arrière de leur Buick ou Cadillac. Citons pour exemple Lucky Luciano, Mickey Cohen et Vito Genovese. Ici, Lucky Luciano - l’un des cinq parrains de la Cosa Nostra new-yorkaise - arrive à Naples en 1946 après avoir été...

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lundi 21 janvier 2019

La Liberté Bonux guidant les Gilets jaunes

Une fresque longue de neuf mètres s’inspirant de La Liberté guidant le peuple de Delacroix a récemment été peinte sur un mur de la rue d’Aubervilliers à Paris XVIIIe par un certain PBoy, Pascal Boyart dans le civil : Photo issue du site Golem13 Ce n’est pas la première fois que La Liberté de Delacroix est détournée, loin s’en faut. Cette œuvre est, en effet, probablement la troisième peinturlure la plus parodiée, la plus récupérée après La Joconde et American Gothic de Grant Wood. Il serait donc vain de tenter une recension, même parcellaire. Aussi contentons-nous de mentionner six citations ou références à caractère politique, avant de revenir à la fresque ci-dessus. La Liberté de Delacroix...

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jeudi 24 janvier 2019

Dégonfler l’outre trumpienne

La BBC nous apprend que deux photos diffusées sur les résôsociô par l’équipe du Président des États-Unis ont été retouchées en vue d’amincir la silhouette de l’outre trumpienne. Voici les objets du délit, dans leur version post-photoboutique d’abord : Dans les versions originelles pré-photoboutique ensuite : Difficile de voir les différences, hein ! De là à se demander en quoi ces retouches sont utiles, il n’y a pas loin. Mais posons ci-dessous les deux versions de la première image, et observons-les entrequatzyeux (cliquez sur la chose pour l’agrandir) : 1 et 6. L’index de la main droite a été allongé, l’index et le majeur de la gauche l’ont également été, l’index en outre est maintenant...

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dimanche 27 janvier 2019

La paille et la poutre au fastefoude

Une chaîne de restauration rapide canadienne nommée A&W vient de faire parler d’elle en annonçant qu’elle allait abandonner l’usage des pailles en plastique dans ses 950 fastefoudes, pour les remplacer par des pailles en carton. Afin que cela se sache, elle a fait réaliser une espèce de sculpture en pailles qui dit Change is good. L’objet, long de dix mètres, a été installé devant la gare de Toronto : Ce Change is good, écrit en mots géants et posé dans l’espace public, peut évoquer au moins deux choses. La phrase, d’abord. Elle fait très probablement référence au « Greed is good » prononcé par Gordon Gekko (Michael Douglas) dans Wall Street d’Oliver Stone, sorti en 1987. Petit rappel...

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jeudi 31 janvier 2019

La grande scélérate d’Hokusai

Tout le monde connaît La Grande Vague d’Hokusai, magnifique écrin bleu et blanc bénéficiant d’un micro-climat au creux duquel s’abrite le mont Fuji, entre tradition et modernité. Tout a été dit, répété mille et une fois. Et pourtant la voilà qui refait parler d’elle ces temps-ci de deux manières fort différentes : par une image sans grand intérêt qui se balade sur les rézôsociô, et par deux articles peut-être importants publiés par Le Figaro le 24 janvier, et L’Usine nouvelle le 31 du même mois. L’image d’abord. Parue sur Instagram, elle représente la fameuse vague charriant divers emballages de marques diverses, McDo, Coca, etc. : Ce montage, signé Weisstub, n’est pas vraiment une première....

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