Le hold-up de La France LibreTV

Dans sa chronique du 19 septembre parue chez Arrêt sur images et intitulée Zemmour, tête de gondole du producteur d’Ardisson, Daniel Schneidermann écrit : 

« Pour son émission “Les Terriens du dimanche”, Ardisson a un co-producteur, nommé Stéphane Simon. Ce producteur, outre qu’il est actionnaire de Télé Paris, société qui produit Les Terriens du dimanche, est un aussi actionnaire principal d’un nouveau site d’extrême-droite, La France LibreTV, co-fondé par le polémiste André Bercoff et l’avocat Gilles-William Goldnadel (par ailleurs chroniqueur dans cette même émission d’Ardisson, le monde est petit). Or, que découvre-t-on en se connectant sur La France libre ? Que les 100 premiers abonnés (au prix préférentiel de 40 euros au lieu de 50) recevront un cadeau. Quel cadeau ? Tiens, le dernier Zemmour, justement. Et dédicacé. »

Daniel Schneidermann poste ensuite une capture d’écran contenant - notamment - l’image d’un micro flanqué d’un titre et d’un sous-titre : La France Libre - média des résistances.

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Si le discours est évident pour tout le monde (« On étouffe notre parole, soyons la France libre, résistons »), il l’est de deux manières différentes. 

Le premier niveau de compréhension est réservé aux plus jeunes des partisans de l’extrême-droite qui ne voient là qu’un bon titre, qu’une belle image un chouïa hypster avec Zemmour en cadeau de bienvenue, j’aime trop ! Vite ! Vite ! Je m’abonne !

Le second niveau de compréhension s’adresse aux plus vieux ainsi qu’à ceux qui ne roupillaient pas complètement pendant le cours d’Histoire de 3e. Car le micro rétro rappelle celui du général De Gaulle lors de l’Appel du 18 juin 1940 :

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Et le titre, La France Libre, est un détournement du nom du mouvement de résistance créé par De Gaulle au lendemain de son appel londonien, et de celui du gouvernement français en exil.

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La France Libre, vol. II, n° 8, parue à Londres le 20 juin 1941

Le sous-titre, enfin, média des résistances, ne fait qu’enfoncer le clou avec un pluriel donnant à penser que cette web-télé sera pluraliste.

Détourner les mots de leur sens, reprendre des images légendaires symbolisant le progrès pour les revêtir d’oripeaux réactionnaires n’est certes pas une stratégie nouvelle. Mais ce n’est pas une raison pour passer dessus sans s’attarder, sans pointer du doigt cette rhétorique rance qui reprend encore une fois à son compte le vocabulaire et les images de cet humanisme qu’elle déteste tant.

 

À lire : Les mots détournés, outils de propagande, article paru en avril 2008 dans La Libre Belgique.

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