Le marteau de Staline

La propagande communiste remonte à la plus haute Antiquité, ou presque. Ces jours-ci, sur un abri-bus parisien, le PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) a procédé à quelques collages.

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Examinons ces deux affiches rouges et blanches. La première, qui nous montre la silhouette d’une foule de manifestants, comporte un texte parlant de « conquis sociaux » (au lieu des habituels « acquis sociaux »), et un « Tous ensemble »  évoquant le slogan maintes fois entendu dans les manifestations.

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Son illustration semble être une citation de l’une des plus célèbres affiches de 1968 :

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Rien de plus à dire de cette affiche sinon qu’elle n’est pas très originale, pas très bien composée non plus. Passons à la seconde, un peu plus intéressante. Son texte nous dit : « Front antifasciste, populaire, patriotique, écologique. F.R.A.P.P.E ». On notera la légère arnaque, car en vérité les initiales de ces mots forment l’acronyme F.A.P.P.E. Bon, passons. Que représente le dessin ? Il nous montre des bonshommes distribuant de vigoureux coups de marteau sur… on ne sait pas quoi.

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Sur qui frappent ces personnages simplifiés ? Sur des capitalistes ou des fascistes invisibles ? Nan ! Ils tapent sur des ouvriers fainéants. « Ouah l’autre, eh ! Qu’est-ce qu’y va pas inventer dans sa tête ! D’où qu’il a vu des ouvriers faignasses ? » Sur l’affiche originale 100% soviétique, 100% pompée par le PRCF :

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Il est écrit dessus : « Nous frappons / les ouvriers fainéants ! » Et nous voyons, outre les vaillants marteleurs, une machine, une pendule, un type qui se prend un violent coup de marteau sur la tête, au autre qui roupille, un autre encore qui boit une chope de bière, etc. Cette affiche de style constructiviste, dont l’auteur demeure inconnu, a été créée en 1931 par les éditions Izogiz sises à Moscou et Léningrad. En pleine ère stalinienne. Le premier plan quinquennal (1929-1933) affirmait alors une obsession productiviste délirante qui mit à bas les droits des travailleurs. La condition ouvrière se dégrada fortement, le niveau de vie des ouvriers chuta de 40%. Quant aux paysans, dont les terres furent collectivisées, ils furent le plus souvent contraints de quitter leurs foyers pour rejoindre les villes où ils crevèrent de faim.

Enfin bref, les graphistes copieurs et paresseux du PRCF - qui mériteraient de se faire fracasser la bobine à coups de marteau en mousse polyuréthane - auraient pu décalquer une affiche qui ne relève pas de l’époque stalinienne. Mais peut-être est-ce là leur période préférée…

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