Sexe, race & colonies, ou Vive la saint Faux-derche !

La presse a beaucoup parlé de ce gros bouquin intitulé Sexe, race & colonies, dirigé par un historien nommé Pascal Blanchard. 544 pages, 97 auteurs, 1 200 images de corps « colonisés, dominés, sexualisés, érotisés » (dixit Libération du 21 septembre) pour la modique somme de 65 euros. On a dit que son contenu relevait du voyeurisme, que les textes n’analysaient en aucune manière les images et que ce serait sûrement, pour certains, un livre à lire « d’une main ». Je n’ai pas vu l’objet en question, en ai à peine entrevu une double page, mais voici sa une de couverture :

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La composition du titre est intéressante. Tout d’abord, en très gros, le mot SEXE. Puis, au-dessous, en trois fois plus petit, RACE & COLONIES. Enfin, bien plus bas et sur deux lignes, LA DOMINATION DES CORPS DU XVe SIÈCLE À NOS JOURS. Chacune de ces deux dernières lignes étant onze fois plus petite que la première, que le mot SEXE. On voit par là l’importance dudit mot par rapport au sous-titre en forme d’alibi historico-universitaire. Mais ce n’est pas tout. Le titre, Sexe, race & colonies (on pense à Sex, Drugs & Rock n Roll), semble être écrit en lettres de néon blanches apposées sur un mur noir. SEXE blanc, mur noir. Il y a là matière à faire un cours de sémiologie pour débutants : le mot, l’image du mot, sa couleur, etc. L’ensemble évoque une photographie qui aurait pu être prise de nuit au-dessus de la porte d’entrée d’un sex shop ou d’un peep show. Le sous-titre n’a évidemment pas droit à ce traitement. Il ne fait pas partie de la pseudo-photographie, est apposé par-dessus celle-ci en un jaune (pisseux ?) bien moins visible que le néon blanc du titre.

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La presse a débattu de ce livre. Sur le caractère et le nombre des images. Sur les textes qui évitent le plus souvent d’en parler et qu’aucun soi-disant lecteur ne lira, trop absorbé par la contemplation de photographies de femmes noires parfois alanguies sur double page de papier glacé. Peut-être suffisait-il d’observer pendant quelques secondes sa couverture pour se faire une idée de son contenu racoleur, voire putassier, et passer son chemin, parler d’autre chose.

PETIT SUPPLÉMENT

Les auteurs de Sexe, race & colonies reviennent, dans Les Inrocks, sur la polémique qui a surgi à l’occasion de la parution de leur livre. Ils justifient notamment le choix de cette couverture en invoquant une référence à une œuvre de Valérie Oka exposée à Bruxelles en 2015, intitulée Tu crois vraiment que parce que je suis noire je baise mieux ? Il s’agit d’une phrase manuscrite recréée avec des lettres au néon :

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En vérité, l’œuvre de Valérie Oka - à laquelle appartiennent la table et les chaises - ne s’appelle pas ainsi ; son véritable titre est In her presence. Mais oublions ce détail. Quel est le lien avec la couverture de leur bouquin qui s’apparente à une enseigne sex shop, si ce n’est l’emploi des lampes au néon ? À ce compte-là, ils auraient pu tout aussi bien évoquer le Rien de Jean-Michel Alberola (1994-2009)…

Rien par Jean-Michel Alberola, 1994-2009.png

… ou une réclame pour Monoprix !

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Allez, passons à autre chose. Aujourd’hui, c’est la saint Faux-derche. Bonne fête à tous les Faux-derches.

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