Two Billboards

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Towards Los Angeles par Dorothea Lange, 1937
Photo en noir et blanc de format 6x6.

Deux hommes, deux victimes de la Grande Dépression des années 30, deux Okies qui s’en vont rejoindre Los Angeles à pied. (Les Okies étaient au départ ces habitants de l’Oklahoma qui, à l’époque de la crise, prirent la route pour rejoindre la Californie ; ce surnom désigna bien vite tous ceux qui, chassés de chez eux, s’en allèrent vers l’ouest.)

Même si la situation de ces deux hommes est catastrophique (ils n’ont pour tout bien qu’une valise et un sac), elle n’est pas désespérée. Au bout de la route, la Californie telle un Eldorado où poussent des pommes d’or. Le ciel est haut, dégagé, la route large, nette et rectiligne file vers la destination rêvée à l’horizon. On pense aux dernières images de Charlot et de la Gamine (Paulette Goddard) prenant la route à la fin des Temps modernes, on pense à la fin de Honkytonk Man de Clint Eastwood qui commence en Oklahoma, pendant les années de crise également.

La publicité sur le panneau de type “billboard”, La prochaine fois essayez le train - Détendez-vous, prend évidemment un tour ironique dans ce contexte. Mais elle nous dit aussi qu’un futur est possible, qu’à l’instar des trains, la machine économique fonctionne toujours. Et que pourquoi pas, les deux hommes pourront en profiter un de ces jours. L’avenir n’est pas bouché, l’espoir est au bout de la route. Relax.

 

21-Stephen Shore, “U.S. 97, south of Klamath Falls, Oregon, July 21, 1973.”.jpg

U.S. 97 south of Klamath Falls, Oregon, July 21 par Stephen Shore, 1973
Photo en couleurs de format 20x25.

Un panneau publicitaire de type “billboard” le long d’une route déserte dont le texte a été recouvert, pratique habituelle au terme de la location d’un espace publicitaire qui, depuis, n’a pas été reloué. Que vendait cette réclame ? Mystère. Le panneau est au centre de l’image et, comme si cela ne suffisait pas, les nuages convergent vers lui. Ou plus précisément, vers le sommet de la montagne qui y est représentée.

Le ciel de l’affiche est du même bleu que le ciel derrière le panneau publicitaire. Pour un peu, on croirait que cette montagne fait partie du paysage. Sauf que non, ce n’est qu’un panneau qui nous bouche l’horizon, une illusion de paysage, un décor désespérément plat. La route en bas à gauche est coupée. Elle ne file vers aucun horizon, aucun avenir meilleur. On voudrait passer outre, traverser les champs, mais nous butons aussitôt contre un rideau d’herbes folles, des clôtures de bois et de métal, et pour finir un panneau en trompe-l’œil, terminus.

À première vue, la photo en couleurs de Stephen Shore est plus joyeuse, plus optimiste que celle en noir et blanc de Dorothea Lange. À mieux y regarder, c’est l’inverse. Celle de Dorothea Lange nous invite à l’espoir en des jours meilleurs. Celle de Shore est désespérément vide, l’avenir est bouché, le slogan publicitaire effacé semble nous dire qu’ici toute activité économique est absente, ici plus rien ne pousse sauf les herbes folles, le paysage idyllique n’est plus qu’une illusion, un vieux rêve oublié en contreplaqué.

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