La paille et la poutre au fastefoude

Une chaîne de restauration rapide canadienne nommée A&W vient de faire parler d’elle en annonçant qu’elle allait abandonner l’usage des pailles en plastique dans ses 950 fastefoudes, pour les remplacer par des pailles en carton. Afin que cela se sache, elle a fait réaliser une espèce de sculpture en pailles qui dit Change is good. L’objet, long de dix mètres, a été installé devant la gare de Toronto :

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Ce Change is good, écrit en mots géants et posé dans l’espace public, peut évoquer au moins deux choses. La phrase, d’abord. Elle fait très probablement référence au « Greed is good » prononcé par Gordon Gekko (Michael Douglas) dans Wall Street d’Oliver Stone, sorti en 1987. Petit rappel des faits : Gordon Gekko s’exprime devant l’assemblée des petits actionnaires d’une entreprise de papeterie, dont il va prendre le contrôle. C’est au cours de ce long plaidoyer qu’il affirme que « Greed is good », que l’avidité, c’est bien. Cette sentence s’inspire d’une véritable déclaration tenue en 1986 par le trader Ivan Boesky, dont les termes exacts étaient : « Greed is all right. » Gekko transforme la phrase, et développe en quatre points ce qu’est cette bonne cupidité : « Greed for life, greed for money, greed for love, greed for knowledge » (La soif de vie, la soif d’argent, la soif d’amour, la soif de connaissance).

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Quatre points qui viennent détrôner les quatre libertés fondamentales, piliers du Four Freedoms Speech prononcé par le Président Roosevelt en 1941 : « Freedom of speech, freedom of worship, freedom from want, freedom from fear » (Liberté d’expression, liberté de culte, liberté de ne pas vivre dans le besoin, liberté de ne pas vivre dans la peur). Nous sommes un peu loin du Change is good des fastefoudes A&W, pensez-vous. Pas tant que ça. Car ce « Greed is good » est extrêmement célèbre outre-Atlantique, de part et d’autre de la frontière USA-Canada.

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La phrase géante installée devant la gare de Toronto rappelle une autre création étasunienne, le Love de Robert Indiana dont la première version sculptée se dresse au coin de la 55e Rue Ouest et de la 6e Avenue à New York :

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Photo © Liliane Fawzy

Le Love d’Indiana fut d’abord créé en 1964 afin d’illustrer une carte de vœux de Noël commandée par le Museum Of Modern Art de New York. L’image fut ensuite imprimée, en 1966, en de multiples tirages sérigraphiés (elle fut ultérieurement déclinée en diverses associations de couleurs) :

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Puis Indiana en fit une sculpture en plusieurs exemplaires. La première, ci-dessus, date de 1970. En 1973, son Love devint un timbre…

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… et en 2011 Google s’en inspira pour un doodle paru le jour de la Saint-Valentin :

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Il existe, dans le monde, une soixantaine de sculptures Love (voir la liste par là). Le Canada en compte trois : une à Montréal, une à Vancouver et une à Hamilton dans l’Ontario. Tout ça pour dire qu’il n’est pas abusif de penser au « Greed is good » de Gordon Gekko et au Love de Robert Indiana quand on voit cette opération publicitaire orchestrée par les fastefoudes canadiens A&W, qui affirment abandonner l’usage des pailles en plastique.

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Mais qu’en est-il de la poutre, celle du titre de ce billet ? La poutre, c’est le capuchon des gobelets qui demeure en plastique. Oups ! La boulette !

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