Le jeu du Cache-ta-trombine-avec-celle-d’un-autre

L’excellent Joe la Pompe, traqueur fou de plagiats publicitaires, a récemment publié sur sa page Facebook une brochette de réclames basées sur une même idée, celle d’un billet de banque dont le portrait gravé est complété par un être de chair et d’os. En voici trois parmi sa sélection :

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D’où vient cette combine ? Des book faces nés vers 2011 ?

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C’est possible. La pub récupéra vite fait le truc, avec des billets de banque mais pas seulement. Au cinéma, ce fut l’affiche de The Ides of March (Les Marches du pouvoir) sorti en 2011, avec Ouadelse décaffeinato en vedette :

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Les librairies se précipitèrent également sur l’aubaine. L’une d’elles, sise à Bordeaux, fait depuis quelques années sa réclame en publiant des images de ce genre sur un réseau social :

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Une autre, lituanienne, s’est contentée en 2011 d’une campagne traditionnelle constituée de quatre affiches, dont celle-ci :

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À moins que l’idée provienne des sleeve faces apparus quelques années plus tôt, vers 2006. Il  en existe sur le ouèbe des milliers ; elles sont réalisées avec des pochettes de disques vinyle, des boîtes de CD ou encore de DVD :

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La pub se rua sur le principe des sleeve faces, œuf corse. Contemplons deux réclames. La première est française et date de 2011. La seconde, plus subtile dans le genre mise en abîme, fait partie d’une série pondue pour Amnesty International en 2006 :

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Il existe des tas d’autres déclinaisons : pochettes de disques et photos issues de films replacées dans le décor représenté, photos anciennes procédant de même, etc. Or donc, cette astuce visuelle date-t-elle de 2006 ? Est-elle née avec les sleeve faces ? Que nenni ! En 1988, déjà, Roland Topor se faisait photographier par Stefan Moses avec des portraits dessinés recouvrant la moitié de son visage :

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Et en 1959, Robert Doisneau, qui réalisa une série de photos avec Maurice Baquet au violoncelle, en fit une ou le visage dudit est remplacé par celui du compositeur figurant sur la couverture de sa partition :

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Il faut toutefois remonter un peu plus loin encore pour retrouver l’image peut-être originale, celle qui semble être la mère de toutes les autres. Il s’agit d’une couverture du Saturday Evening Post concoctée par Norman Rockwell. Elle parut à la une du magazine le 1er mars 1941, est intitulée Double Talk

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… nous montre une jeune fille qui cache son visage avec un numéro du Saturday Evening Post affichant un portrait de l’actrice Dorothy Lamour :

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Cette couverture fut inventée par Rockwell, jamais cette actrice ne fit la une de l’hebdomadaire. La jeune fille qui posa pour le peintre avait alors seize ans, s’appelait Millicent Mattison Riker. Elle montra son visage  dans le même Saturday Evening Post quelques semaines plus tard, le 12 avril 1941 :

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Norman Rockwell offrit sa peinture à Walt Disney, avec la dédicace suivante manuscrite au bas du tableau : « Pour Walt Disney, un des vrais grands artistes, de la part d’un admirateur, Norman Rockwell. » Plus tard, l’aînée des filles de Disney offrit le tableau au Norman Rockwell Museum de Stockbridge dans le Massachusetts :

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Toi aussi tu peux participer à la magie du ouèbe : cache ta trombine avec celle d’un autre, et poste-la dans les commentaires !

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