Comme un avion sans ailes

« Airbus recycle des pièces d’avion en meubles design et organise une vente en ligne », nous apprend actuToulouse.

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Photo François Giarraputo / SoFlash Production

Onze designers ont donc planché sur sur ce projet de “surcyclage” (ou recyclage de luxe), baptisé A Piece of Sky, ont réalisé toute une panoplie de meubles et d’accessoires mobiliers. Le fauteuil “Cloud” réutilise une partie du nez d’un Airbus A350, un morceau de réacteur d’A380 a été converti en table, etc. L’ensemble des produits réalisés sera mis en vente à partir de la mi-avril sur le site A Piece of Sky.

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Photo François Giarraputo / SoFlash Production

Pour étonnante qu’elle soit, cette initiative ne constitue pas une première. Il existe un précédent, qui eut pour particularité de modifier à tout jamais l’urbanisme américain. Hein ? Avion, urbanisme, quel est le rapport ? Voici l’histoire : en 1946, l’industrie aéronautique américaine se retrouva avec une énorme quantité de matériel primitivement destiné à la construction des avions de guerre : aluminium, acier et plastiques. Heureusement pour elle, le gouvernement vint à son secours en votant le Veterans’ Emergency Housing Act qui allait lui permettre de recycler ses surplus. « Une trentaine de fabricants d’avions vont bientôt participer au programme gouvernemental de construction de maisons préfabriquées », pouvait-on lire dans un article intitulé L’industrie aéronautique va fabriquer des maisons en aluminium pour les anciens combattants (Aircraft Industry Will Make Aluminum Houses for Veterans) qui parut le 2 septembre 1946 dans le magazine Aviation News. Ladite industrie, qui avait déjà refourgué une partie de son aluminium pour la construction des toits de divers projets immobiliers, trouvait dans cette loi une source supplémentaire de revenus, une véritable aubaine.

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La Fleet House de la Consolidated Vultee Aircraft Corporation, image publicitaire

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Une Fleet House de nos jours

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Lustron Home, image publicitaire

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Lincoln House

Ces maisons à bon marché, d’abord construites par et pour les anciens combattants, attirèrent bientôt la classe moyenne. C’est ainsi que toutes ces baraques Meccano avec téléviseur et barbecue sagement alignées le long de rues tracées à la règle et au compas sur des terrains achetés à peu de frais créèrent une nouvelle forme urbanistique : la banlieue.

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Levittown, Pennsylvanie

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Levittown, Pennsylvanie

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Levittown, Pennsylvanie, visites de maisons témoin, 1953

Cette banlieue bien proprette avec des milliers de tondeuses à gazon dans les garages prit très vite une immense importance dans la culture du pays ; elle inspira la chanson Little Boxes interprétée par Pete Seeger à partir de 1963, sera un personnage à part entière dans Desperate Housewives, Weeds, Edward aux mains d’argent ou encore Bienvenue à Suburbicon.

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William Wyler raconte, dans Les plus belles années de notre vie (The Best Years of Our Lives, 1946), le retour de quatre anciens combattants. À la fin du film, l’un d’eux, ancien membre de l’US Air Force, se rend dans un cimetière d’avions militaires, s’installe dans le poste de mitrailleur d’une épave de bombardier.

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Il fait alors la connaissance d’un ferrailleur qui lui redonne espoir : ces avions ne sont pas mis en pièces pour rien, ils seront bientôt recyclés en matériaux permettant de construire des maisons en kit. Et hop il engage l’ex-aviateur qui, tel un bombardier démembré, se rend compte qu’il a encore sa place dans la société puisqu’il va participer à la construction de l’avenir.

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Si c’est pas beau tout ça ! Ça vaut bien une table basse élaborée à partir d’un hublot !

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