Ô bagnole électrique, j’écris ton nom, Liberté

Vu ce ouiquinde sur un abribus, cette réclame pour un service de location de voitures électriques à Paris :

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Une vraie mine pour apprenti dépiauteur d’images, on ne sait par où commencer ! Allez, lançons-nous et décodons à plein tube. Observons d’abord une espèce de fil électrique indiquant un parcours effectué dans Paris. On distingue dans ses circonvolutions deux visages s’embrassant, à la manière des portraits dessinés par Jean Cocteau :

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Remarquons ensuite le bleu-blanc-rouge partout, et notamment dans les épingles “Vous êtes ici”. Comme si louer une bagnole électrique était un geste patriote, un geste citoyen pour, comme disent les hypocrites, « sauver la planète » alors qu’ils ne songent qu’à se sauver eux-mêmes :

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Les heureux abonnés à Arrêt sur images pourront lire ou relire
ma piquante chronique sur les épingles de positionnement intitulée
Souriez vous êtes référencés, ou l’accès à l’existence par l’épingle.

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Concentrons-nous maintenant sur le slogan “Liberté mon amour”, associé à Paris :

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Alors là, attention ça va deviendre compliqué. Après avoir mentionné le poète Jean Cocteau, le mot “Liberté” peut faire penser à Paul Éluard et à son poème du même nom rédigé en 1942 : Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom / blablabla / Liberté. Les mots “mon amour”, dans un contexte parisien, peuvent quant à eux rappeler Joséphine Baker qui chantait J’ai deux amours, mon pays et Paris :

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Paris mon amour, c’est aussi le titre d’un célèbre bouquin de photos de la capitale conçu par Jean-Claude Gautrand en couverture duquel figure un cliché du Café de Flore réalisé par Jeanloup Sieff :

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On voit par là que les pubards qui ont planché sur cette réclame pour Free2Move avaient probablement dans l’idée de faire résonner en nous l’image d’un Paris mythique en noir et blanc, le Paris de la pétillante Joséphine Baker, du surréaliste Paul Éluard et du poète Jean Cocteau, avec une touche de patriotisme bleu-blanc-rouge et d’engagement citoyen par-dessus tout ça. (Quand on pense que Cocteau a pas mal fricoté avec les fridolins, m’enfin bon passons…)

Sans doute pouvons-nous considérer comme ridicule voire insultante cette démarche publicitaire qui consiste à tout récupérer, à tout salir pour vendre n’importe quoi. Ou bien, on peut se dire que c’est l’un des prix à payer pour vivre dans cette société de consommation qui est la nôtre. Encore faut-il que ces publicités soient réalisées avec un minimum de talent. Ce n’est pas vraiment le cas ici, on se croirait devant une réclame de 1960 pour un téléviseur Sidéral de la marque Ribet-Desjardins vanté par Jean Cocteau (encore lui !) qui contemple une diffusion de son film Orphée :

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Les plus attentifs d’entre vous auront remarqué l’image dans l’image dans l’image : celle de Cocteau regardant Jean Marais qui tient un journal faisant la pub d’Orphée avec en photo lui-même et Marie Déa, pendant que François Périer jaloux fait la tête. Finalement, et contrairement à d’autres, elle n’est pas si mal cette réclame !

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