Bienvenue en prison !

 

Patrick Balkany : 4 ans fermes, aussitôt incarcéré. Isabelle Balkany : 3 ans sans mandat de dépôt. Rhâlàlà ! Condamnés comme un vulgaire sdf qui aurait volé un sandouiche à Auchan ! La vie est injuste, tout de même. Et ce n’est pas fini, un autre procès les attend. Pour sûr, une armada de scénaristes est déjà sur le pont en train de concocter un blockbuster intergalactique, La Ballade des Balkany, d’après une histoire vraie.

L’occasion est rêvée pour nous pencher sur les affiches de films de prison-d’évasion ! Et de constater que bon nombre d’entre elles ont un point commun à part les barreaux : le lettrage du titre. Il est en effet souvent composé avec le même genre de police de caractères :

Ci-dessus, c’est la police de caractères Stencil qui à chaque fois a été utilisée.

Le caractère Stencil fait partie des lettres avec empattements (les petits “patins” à l’extrémité des lettres). On peut aussi utiliser, pour les films de prison-d’évasion, des caractères sans empattements :Quel est le point commun entre ces deux types de caractères ? Ils ressemblent aux lettres appliquées au pochoir sur le matériel de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale :

Caractères à empattements sous le pare-brise de cette JeepCaractères sans empattements sur cette boîte de munitionsPochoirs en zinc

Oui mais zutre, me direz-vous (car je vous sens trépigner d’impatience), quel rapport entre les pochoirs de l’armée américaine et les affiches de films de prison-d’évasion ? Apparemment, aucun. Sauf que. Allez, je vous laisse contempler quelques affiches supplémentaires avant de vous livrer les probables solutions…

Escape, Bronson, Dog Pound et Prison Break (la série), quatre affiches aux caractères similaires :Et maintenant, trois vieilleries pour signifier ici que ce procédé n’est pas nouveau :Passons à un autre style, avec trois affiches aux titres rayés ou surmontés de barbelés :La Grande Évasion 2 est une mini-série télé. La Grande Évasion, la vraie, a vu son affiche modifiée pour une réédition en dvd. L’originale (barbelés inclus), suivie de la modifiée :Alors ? Vous avez trouvé pourquoi toutes ces affiches (sauf La Grande Évasion, la vraie) sont parées d’une typographie évoquant les lettres pochoirs de l’armée américaine ?

Ces lettres métalliques contiennent des interruptions afin de ne pas les fragiliser ; ces interruptions sont même obligatoires pour le A, le B, le D, le O, le P, le R… En langage technique de chez les pro du lettrage, on appelle ça des “gouttières”.

Quand on utilise ce type de caractères pour une affiche de film de prison-d’évasion, cela veut dire qu’on assimile le prisonnier à du matériel car tous les deux sont également numérotés :Le prisonnier déshumanisé, donc. « Je ne suis pas un numérooo ! », hurlait le Prisonnier du feuilleton télé. Eh bein si. Rien qu’un numéro, bloqué derrière un lettrage dont les “gouttières” évoquent des barreaux de prison si on les considère en positif, en espaces pleins. Mais aussi le prisonnier qui va tenter de s’échapper par les failles, les interruptions, les brisures, si on considère ces mêmes “gouttières” en négatif, en espaces vides. Prison-évasion.

 

Patrick Balkany : 4 ans fermes. Comment s’appellera le blockbuster inspiré de ses aventures ? La Ballade des Balkany ? À moins que ce soit une série télé, Orange Is The New Balk.

 

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