Pasqua, Pandraud, Malik et Ernest

Il y a trente-trois ans, dans la nuit du 5 décembre au 6 décembre 1986 rue Monsieur-le-Prince à Paris, Malik Oussekine mourait sous les coups de la police. Aujourd’hui, jour anniversaire, ressort sur les réseaux sociaux cette affiche éditée à l’époque par la Fédération anarchiste :

Pasqua PAN draud
Loïc Lefebvre
William Normand
Sandra Deschaux
Malik Oussekine
et demain ?

Bavures, expulsions, mensonges…
Réagissons.
Fédération anarchiste
145, rue Amelot 75011 PARIS

Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1986, le jeune Loïc Lefèvre était abattu sans raison par un CRS, rue Mogador à Paris ;
le 31 juillet de la même année, un policier tuait William Normand d’une balle dans le dos à Fontenay-sous-Bois ;
le 21 octobre de la même année, Sandra Deschaux Beaume était abattue “accidentellement” par un policier à Grenoble ;
le 5 décembre, Malik Oussekine était battu à mort par des policiers à Paris.

Trois morts par balles et un par coups divers et variés. On comprend alors le PAN de Pandraud mis en lettres capitales sur cette affiche anarchiste. Laquelle fut imprimée, selon Le Monde libertaire n° 641 du 11 décembre 1986 (soit cinq jours après la mort de Malik Oussekine), par le groupe de Brest de la Fédération anarchiste. L’année suivante, et toujours selon Le Monde libertaire n° 655 du 19 mars 1987, elle sera éditée en autocollant par la section de la Fédération anarchiste du 17e arrondissement de Paris.

L’image de ce jeune homme blessé est la reprise (probablement pas autorisée mais acceptée après coup) d’une sérigraphie d’Ernest Pignon-Ernest. Celle-ci n’a rien à voir avec ces jeunes gens assassinés par la police, puisqu’elle fut créée à Grenoble dix ans plus tôt, en 1976. Catherine Tasca, qui dirigeait alors la Maison de la Culture de la ville, souhaitait, selon les mots d’Ernest Pignon-Ernest « améliorer ses contacts avec les grandes entreprises locales ». Elle proposa à l’artiste d’animer un stage de sérigraphie avec des ouvriers en stage de formation permanente. « L’atelier comprend l’apprentissage de la sérigraphie et une réflexion collective sur la production d’une image, de sa conception à sa diffusion », nous dit  le commentaire d’un film super-8 tourné à l’occasion par les travailleurs CGT participant au stage. (Il est visible dans son intégralité par là.)

De cette rencontre naquirent donc des image mettant en avant « la dégradation de l’organisme dans certains postes de travail. Non pas les accidents de travail, mais les agressions invisibles, lentes, qui rongent l’organisme pendant des années : fumée, bruit, amiante, pollutions diverses. », précise Ernest Pignon-Ernest sur son site.

Plusieurs affiches seront produites. Elles montrent toujours le même personnage, un acteur qui posa selon les exigences des ouvriers stagiaires. Il est agressé par les horloges du travail à la chaîne, les poumons attaqués par les produits toxiques, ou encore les oreilles assaillies par le bruit.

Cette dernière entrera dans la postérité : une flèche pointe vers l’oreille du jeune homme, qui se fracasse à cet endroit. La douleur, d’une intensité sans nom, se propage à l’extérieur du personnage, va jusqu’à briser l’affiche telle une vitre.

Rien à voir avec la mort de Malik Oussekine, donc. Assassiné il y a exactement trente-trois ans à Paris, rue Monsieur-le-Prince.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://laboiteaimages.alainkorkos.fr/trackback/87

Fil des commentaires de ce billet