Trump et l’architecture : “Making Federal Buildings Beautiful Again”

Au tout début de mois de février dernier, Trump et ses séides ont pondu un executive order, autrement dit un décret, intitulé “Making Federal Buildings Beautiful Again”. Lequel édicte de nouvelles règles concernant la construction de bâtiments fédéraux (le texte, long de sept pages et déniché par le Chicago Sun-Times, est lisible par là).

Dans ce décret, Trump, qui n’a pas tout compris (ou au contraire qui a tout compris, on verra ça plus loin) constate que depuis les années 50, le gouvernement a « cessé de construire de beaux bâtiments que le peuple américain veut contempler ou dans lesquels il veut travailler ». En lieu et place ont été élevés des constructions de verre et d’acier dans les styles brutaliste ou déconstructiviste tout-cracha-tout-moches-que-les-gens-rigolent-en-les-regardant.

Deux exemples de ce que Trump déteste :

Federal Courthouse, Miami

San Francisco Federal Building

Et  donc, dit-il, il est urgent de revenir aux valeurs sûres, aux classiques, de construire des bâtiments fédéraux à nouveau beaux (“Making Federal Buildings Beautiful Again”).

« L’architecture classique sera préférée et sera le style par défaut. » Parce que, rappelle-t-il au tout début de son texte, « Le Président George Washington et le Secrétaire d’État Thomas Jefferson ont consciencieusement conçu les plus importants bâtiments de Washington, D.C. dans le style architectural de la démocratie athénienne et de la république romaine (…), le Capitole et la Maison-Blanche » (On notera les mentions rappelant  “démocrate” et “républicain”, pas là par hasard.) Et d’ajouter à cette liste de magnifiques constructions ceux de la Cour Suprême et du bureau exécutif Eisenhower.

Le Capitole, en effet, s’inspire de la grande colonnade du Louvre et du Panthéon de Rome ; son dôme actuel, qui n’a pas été conçu par l’architecte principal (William Thornton), ressemble à celui du Panthéon de Paris.

Le Capitole, Washington D.C.

La Maison-Blanche, elle, emprunte à l’architecture romaine itou et s’inspire également de la Leinster House sise à Dublin, ancien palais reconverti en siège de la Chambre basse du Parlement irlandais.

La Maison-Blanche, Washington D.C.

Le bâtiment de la Cour suprême, à l’avant-corps en forme de temple corinthien (comme l’église de la Madeleine à Paris), lorgne sur l’Olympieïon d’Athènes.

Le bâtiment de la Cour suprême, Washington D.C.

Le bâtiment du bureau exécutif Eisenhower, enfin, fait exception puisque il adopte le style Second Empire avec de vrais toits à la Mansart posés dessus.

Bureau exécutif Eisenhower, Washington D.C.

Il faudra donc, désormais, construire dans le style gréco-romain, classique. C’est ça qu’il veut, Trump. Tout le reste est moche, il le dit et le répète sans arrêt dans son décret. Ou bien, à défaut, dans un style dit traditionnel : « le style gothique, roman, espagnol colonial et autres styles méditerranéens qu’on trouve habituellement en Floride et dans le sud-ouest américain. » On voit ça d’ici…

Mar-A-Lago, résidence d’hiver de Trump

Bon. Comme d’habitude, il n’a pas tout compris, Trump. Si Washington et Jefferson ont voulu édifier des bâtiments reprenant le style gréco-romain, c’est parce qu’ils avaient besoin, pour donner de la légitimité à leurs toutes nouvelles institutions, de références historiques en béton armé. Aujourd’hui, deux cent trente ans après que William Thornton a dressé les plans du Capitole, ce n’est peut-être plus tout à fait d’actualité, personne ne va contester l’existence des États-Unis d’Amérique.

Ou bien, au contraire, il a tout compris, Trump. Et ce qu’il veut, c’est emprunter les traces de Mussolini dont l’architecture fasciste est encore visible aujourd’hui (le quartier EURO de Rome, par exemple), de Ceausescu avec son délirant palais présidentiel de Bucarest, ou encore de Hitler et de son architecte préféré Albert Speer, “inspecteur général de la construction chargé de la transformation de la capitale du Reich” rebaptisée Germania, avec plein de colonnades grecques dedans.

Quoi qu’il en soit, tout bien pesé et pour conclure en guise de fin, comme le dit le Chicago Sun-Tribune : « Le décret de Trump mérite de finir dans les poubelles de l’Histoire. Avec du marbre, des dômes et des colonnes, si ça peut aider. »

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