Banksy, graffiteur masqué Covid-19

Banksy avait peint, en octobre 2014 à Bristol, une Jeune fille au tympan percé, parodie de la Jeune fille à la perle de Vermeer, la perle étant remplacée par un dispositif d’alarme. Il y a une paire de jours, le même est allé apposer un masque sur sa Jeune fille. Toute la presse britannique en parle depuis. Quel génie ce Banksy.

Photo © Martin Booth


Relativisons. Peindre une Jeune fille à la perle géante n’a rien de révolutionnaire, ce tableau est l’un des trois ou quatre les plus connus au monde avec la Joconde et American Gothic de Grant Wood. Des millions de canevas, de foulards, de boîtes diverses, de timbres et d’affiches ont été imprimés avec ce motif. Lui ajouter un masque ne fait que suivre l’air du temps, rien de plus. Banksy est à la traîne, il reprend cette idée que des tas de gens expriment sur les réseaux sociaux, où c’est devenu depuis cinq semaines un sport international que de coller des masques sur des portraits célèbres.

En vérité je vous le dis, Banksy est un graffiteur bourgeois. J’avais déjà exprimé cette idée il y a six ans chez Arrêt des images dans un article intitulé L’art bobo de Banksy, qui est en accès gratuit.
Jamais il ne peint quoi que ce soit de révolutionnaire, de dérangeant, tout ce qu’il barbouille est en adéquation exacte avec la pensée du moment. Ses images sont immédiatement compréhensibles, fonctionnent au premier degré, sont dépourvues de toute profondeur. Banksy est un opportuniste qui surfe sur les idées communément admises comme il surfe sur le surréalisme à deux euros, comme il surfe sur les innovations des autres, en reprenant par exemple et depuis des années les rats graffités du français Blek le Rat.

Rats peints au pochoir par Blek le Rat, années 1980

Il y a quelques jours, Banksy a également publié des photos de sa salle de bain sur les murs de laquelle il a, encore une fois, peint les rats qu’il a volés. L’idée est simple voire simpliste : rats/peste/virus+jours barrés pour évoquer le confinement. Ça fait des semaines que tout un chacun a fait le lien avec La Peste de Camus (lien inapproprié, d’ailleurs, puisque chez Camus la peste n’est pas à considérer au premier degré), mais bon, merci quand même.

Or donc, si d’aventure vous croisez un graffiti de Banksy, ne le photographiez pas, ne le découpez pas au marteau-piqueur pour le refourguer ensuite en salle des ventes comme certains n’hésitent pas à le faire. Effacez-le. Peignez par-dessus. Ou plus simplement, passez votre chemin.

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