MMIAM n°7 : Les gens comprennent rarement pourquoi j’aime les peintures de Morandi

Mon Musée imaginaire à moi, le MMIAM, est composé d’une centaine d’images parmi mes favorites. Elles seront commentées ici en 4 000 signes maximum.

MMIAM n°7 : Les gens comprennent rarement pourquoi j’aime les peintures de Morandi
Pourquoi suis-je amoureux des peintures de ce type un peu timbré qui a passé l’essentiel de sa vie à peindre des pots, des bouteilles et des carafes beiges ? Ou bleues, dans des moments d’excitation parfois un peu folle qu’il devait sûrement regretter plus tard. Environ six cents toiles représentant des boîtes, des bols, des pichets, des brocs… À première vue toutes ces peintures se ressemblent, réunion arbitraire de sages objets posés sur des surfaces et des fonds neutres. Mais à mieux y regarder, on s’aperçoit qu’aucune toile ne ressemble à une autre. Morandi parvient, avec un nombre d’éléments restreint, à peindre à chaque fois quelque chose d’unique. Ce sont d’infinies variations, comme celles de Handel ou de Rameau. Avec une bonne dose d’exubérance en moins, toutefois. Morandi n’était pas exactement un rigolo ; les quelques informations dont nous disposons sur le personnage nous font le portrait d’un bien triste sire. Mais Rembrandt était une ordure, et Caravage un assassin. Le meilleur d’un artiste n’est sûrement pas dans sa biographie.

Aussi, oublions le sieur Morandi Giorgio (1890-1964) qui n’est jamais sorti de sa Bologne natale sauf pour se rendre deux fois en Suisse, a vécu toute sa vie en célibataire dans l’appartement familial en compagnie de ses trois sœurs. Regardons plutôt ses peintures à l’agencement chaque fois différent dont les couleurs rappellent celles de sa chambre-atelier, mais aussi des murs de Bologne. Observons les objets. Ils peuvent être classés en deux catégories.

1. les boîtes diverses et variées, cylindriques ou parallélépipédiques ayant contenu toute sortes de produits. Elles sont recouvertes de peinture beige, jaune, brune ou gris-bleu afin d’éliminer tout ce qui pourrait accrocher l’œil : marque, illustration, texte, etc. On retourne ici vers la forme géométrique pure.

2. Les flacons, bols, sucriers et autres contenants parfois torsadés, bicolores, transparents ou opaques, parfaits contraires des précédents.

C’est en opposant ces deux sortes d’objets que Morandi composait ses peintures : parallélépipèdes contre cylindres, surfaces plates contre surfaces chantournées, objets hauts et étroits contre objets petits et ramassés, etc.

Ce faisant, jouant à l’infini avec des formes simples, il se trouvait confronté à l’essence même du dessin et de la peinture : composition, couleur, ombre et lumière, rapport à l’espace, frontière ténue entre réalisme et abstraction… Dès lors, pourquoi sortir de sa chambre ? Poussin courait après le paysage parfait dans son atelier, en suivant les mêmes principes. Cézanne explorait encore et encore la Sainte-Victoire, en se posant les mêmes questions. 

« On peut parcourir le monde et ne rien voir, écrivit Mondrian. Pour en avoir une complète compréhension il n’est pas nécessaire de voir des tas de choses, mais d’observer attentivement ce qu’on regarde. »

Et Kafka : « Il n’est pas nécessaire de quitter ta chambre. Reste assis à ta table et écoute.Tu n’as même pas à écouter, attends simplement.Tu n’as même pas à attendre, apprends juste à rester tranquille, calme et solitaire. Le monde s’offrira alors librement à toi pour être démasqué. Il n’a pas le choix: il se roulera d’extase à tes pieds. »

Alors observons les les pots et les pichets quasi abstraits de Morandi. Les boîtes lisses et les carafes torsadées. La variation sans cesse renouvelée de leur agencement, la lumière crue ou rasante. Laissons-nous envahir par leur poésie veloutée.

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