Plantu, passe-plats de l’extrême droite

Le 17 octobre dernier, Plantu a publié ce dessin qui crée une analogie entre les nazis pendant l’Occupation et les extrémistes islamistes : 

Avant de passer au crible cette image, précisons qu’elle n’a pas été publiée par Le Monde ou L’Express qui diffusent ordinairement les dessins de Plantu, mais sur son compte Twitter. Or donc, dépiautons patiemment celui-ci, composé de deux parties bien distinctes.

En haut à gauche de la première partie, un panneau nous annonce que l’action se passe en 1940. Un partisan, armé d’un drapeau FFI - Forces françaises de l’intérieur - posé non loin, écrit le mot « Liberté » sur un mur. Référence, peut-être, au « J’écris ton nom Liberté » de Paul Éluard, composé en 1942.

Passe une troupe véhiculée de soldats allemands. Le camion de tête arbore un drapeau et un fanion affichant une croix gammée. Juste derrière, une camionnette dotée d’une mitrailleuse. Son servant montre du doigt le résistant poète aux militaires assis dans le camion qui ferme la marche. Tous, à l’exception du chauffeur et du gradé assis à sa droite, tiennent un fusil ; certains portent un brassard affublé de la croix gammée. Le décor est urbain, indubitablement français. Cette description tatillonne peut sembler inutile, mais elle va nous servir d’ici avant longtemps. Continuons.

• En haut à gauche de la seconde partie, un panneau nous annonce que l’action se passe en 2020. Le résistant est remplacé par un homme en blanc – un homme blanc opposé à des basanés ? – qui écrit sur le mur les mots « Liberté d’enseigner » après avoir tracé une caricature d’islamiste. Non loin de lui, le drapeau FFI est remplacé par un carton à dessins (lequel est traditionnellement vert, on espère que le cerveau de Plantu n’aura pas grillé quelques fusibles en utilisant la couleur favorite des musulmans). Cet homme tient donc ici le rôle d’un caricaturiste plutôt que celui de Samuel Paty, le professeur assassiné la veille. Car l’air de rien, ce carton mis en évidence par la couleur et la caricature sur le mur remplacent subrepticement le professeur assassiné par les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. Gloubi-boulga dans la tête du sieur Plantu qui fond deux faits différents en un seul, au prétexte qu’ils sont liés. Comme si les mots « semblable » et « identique » étaient synonymes.

• Sur le véhicule islamiste, du même modèe que le camion allemand, les croix gammées ont été remplacées par une arobase de couleur verte qui symbolise ici l’internet coupable et l’islam. Rappelons que c’est sur ce maudit internet, et plus précisément sur Twitter, maudit parmi les maudits, que Plantu publie ses dessins. Deux paraboles sont également fixées sur ce camion.

• Juste derrière, la camionnette ne transporte plus une mitrailleuse mais un ordinateur à l’écran vert connecté à l’internet maudit, arme suprême des intégristes. L’islamiste qui s’en sert montre du doigt l’homme blanc à ses coreligionnaires assis dans le camion qui ferme la marche.

• Lesquels brandissent des couteaux rougis de sang se substituant aux fusils des soldats allemands. Le rouge des brassards nazis se retrouve sur les couteaux ensanglantés. À l’avant, le siège de l’officier nazi est occupé par une femme voilée en pleurs. Pourquoi pleure-t-elle ? On ne sait pas. Parce qu’elle est voilée, peut-être. Que fait-elle là ? Mystère.

• Le décor est partiellement urbain, français : à gauche, le mur, le trottoir, les pavés et un immeuble bourgeois ; mais à droite, une mosquée et des immeubles dotés de paraboles, un palmier vert et le désert jaune.

Le propos de ce dessin à deux faces est évident, il nous dit que nous vivons une occupation telle celle que la France a connue dans les années 40, les islamistes étant les nouveaux nazis.

Ce rapprochement un chouïa hasardeux profite en douce de la situation sanitaire actuelle, qui nous impose depuis quelques jours un couvre-feu à 21 heures. Nous serions donc, selon Plantu, en train de vivre une nouvelle période d’occupation ; avec couvre-feu et patrouilles d’islamistes basanés qui répandent partout des mosquées forcément extrémistes, qui utilisent à leur usage exclusif des paraboles et de l’internet haut débit car non jamais personne ne s’en sert pour regarder les séries à la télé, et plantent dans le désert saharien des palmiers dattiers bien verts convertis à l’islam le plus rigoureux. Tout est simple, dans la tête de Monsieur Plantu. Nazis, musulmans islamistes ou non, c’est du pareil au même : rien que des étrangers, de féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Sauf que, petit détail, les responsables de l’attentat contre Charlie Hebdo - puisque Plantu l’évoque -, étaient nés à Paris. On voit par là que rien n’est simple. Même que parfois, comme disait Sempé, tout se complique. Que dire, par exemple, de cette femme en pleurs ? La femelle de l’islamiste ne choisit pas son destin, elle est là, elle suit son homme et elle chouine, semble nous suggérer Plantu. Lequel devrait regarder sur Netflix la mini-série Kalifat qui nous raconte la vie de trois femmes musulmanes confrontées à l’islamisme. Il se rendrait ainsi compte que oui, parfois, c’est un tantinet compliqué. Plus compliqué en tout cas que ses rapprochements hasardeux véhiculant le discours de l’extrême droite dont il est ici devenu, à son corps défendant peut-être, le servile passe-plats.

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