MMIAM n°9 : La Pompadour par Delatour, ou la poudre de vie

Mon Musée imaginaire à moi, le MMIAM, est composé d’une centaine d’images parmi mes favorites. Elles seront commentées ici en 4 000 signes maximum.

MMIAM n°9 : La Pompadour par Delatour, ou la poudre de vie

Ce portrait en pied de la marquise de Pompadour par Maurice-Quentin Delatour se cache dans une petite salle du Louvre devant laquelle les touristes passent sans s’arrêter et c’est un bonheur intense que de s’y réfugier, presque en cachette.

Commandé par la marquise vers 1748 et achevé en 1754, cet immense pastel est à la fois un portrait officiel, intime et politique. Officiel en ce sens qu’il est réalisé à la demande d’une femme qui gouverne la France en sous-main aux côtés de Louis XV, dont elle est la maîtresse depuis 1745. Intime, parce que le modèle est montré dans son intérieur parmi ses objets familiers, sans bijou ni coiffure apprêtée. Intime aussi, car portrait psychologique, analyse d’un personnage alliant douceur et détermination. « Ils croient que je ne saisis que les traits de leur visage, mais je descends au fond d’eux-mêmes à leur insu et le remporte tout entier », aimait à dire Delatour. Politique, enfin. La Pompadour, qui avale à cette époque diverses drogues censées remédier à sa frigidité, voit sa santé décliner et son statut de favorite se transforme peu à peu en celui d’amie et conseillère de Louis XV. Très attentive aux sciences et philosophies nouvelles, elle charge Delatour d’en dresser l’inventaire autour d’un portrait qui saurait influencer le roi.

La marquise pose dans un cabinet bleu qui n’a jamais existé. La peinture flamande figurant derrière elle est également une invention de Delatour.

Sa robe de soie comporte une doublure très rare à l’époque, visible sur les volants accrochés au-dessus de son coude droit. Celle du plus haut d’entre eux est de couleur rose au lieu d’être blanche. Une erreur de l’artiste, peut-être. A moins qu’il ne s’agisse d’une liberté graphique destinée à établir une transition vers la tapisserie du fauteuil.

Elle tient une partition de musique, une guitare est posée sur le siège derrière elle.

Sur la table sont disposés le Pastor Fido de Gian Battista Guarini, pièce de théâtre où il est question d’un chasseur de la Grèce antique, clin d’œil au roi passionné de chasse ;  La Henriade de Voltaire ; le tome III de De l’esprit des lois de Montesquieu qui prône une monarchie constitutionnelle dans une France où la monarchie absolue est la règle ; un livre presque invisible effacé de manière volontaire, probablement l’un des tomes de l’Histoire naturelle de Buffon ; le tome IV de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui paraît en 1754 après bien des batailles ; un globe terrestre avec la France en son centre…

… et enfin le Traité des pierres gravées de Mariette d’où est extraite une estampe signée Pompadour sculpsit.
La marquise n’en est en vérité pas l’auteur, bien qu’elle pratiquât la gravure sur cuivre et sur pierres fines. Reposant contre le pied de la table, un carton à dessins orné de ses armoiries. Le tapis reprend les couleurs dominantes de l’œuvre.

Ce portrait réunit donc les passions artistiques de la Pompadour : le dessin, la gravure et la musique. Mais aussi toute une série d’ouvrages à l’avant-garde des idées du siècle. Par l’intermédiaire de Delatour, elle soumet courageusement ce programme libéral au roi, qui ne le suivra pas.

S’il est important d’en décrypter le sens politique, il ne faut pas oublier de contempler ce chef-d’œuvre pour ce qu’il est au premier abord : un dessin à la construction parfaite d’une subtilité sans pareille, où le visage de la marquise se tourne vers un avenir qu’elle aura à peine le temps de vivre. Elle meurt d’une congestion pulmonaire dix ans après l’achèvement de ce portrait, en 1764. Elle avait quarante-trois ans.

La Marquise de Pompadour par Maurice-Quentin Delatour est un pastel (rehaussé de quelques touches de gouache blanche sur la robe) mesurant 1,775 m de haut sur 1,30 m de large. Il est composé de différentes feuilles de papier gris bleu marouflées sur toile dont la plus remarquable est celle du portrait, hâtivement collée et complétée par Delatour : on remarquera les rapides traits de pastel bleu à l’arrière-plan. Il est visible au musée du Louvre à Paris, au deuxième étage de l’aile Sully. Installé dans une petite salle donnant sur un corridor, il passe inaperçu pour l’immense majorité des visiteurs et c’est un bonheur ineffable que de s’y arrêter pour contempler cette poudre de vie légère, aérienne.

 

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