De la perspective - 7

L’Italie a su en tirer tous les avantages que lui offrait la perspective pour réaliser des chefs-d’œuvre d’illusion. Dans les mains et les yeux de ses artistes, elle devint un jeu magnifique.

LA PERSPECTIVE MAGNIFIÉELe Christ mort par Mantegna, vers 1480

Cette œuvre de Mantegna est la première de l’Histoire qui nous montre un tel raccourci du corps humain. Les pieds troués semblent dépasser du support, la tête de côté est rehaussée par un coussin, le ton presque gris affirme le caractère inéluctable de la mort. Pour réaliser son Christ, Mantegna a utilisé les règles d’Alberti en couchant un homme sur une grille (ceux qui ont oublié qui est Alberti feraient bien de relire fissa De la perspective - 2).Au premier étage de la villa Farnesina à Rome se dresse le salon des Perspectives de Peruzzi. La salle est entièrement recouverte de vues illusionnistes. Ainsi, au fond à droite, les colonnes, les balustrades et le paysage d’arrière-plan sont des peintures !

Le salon des Perspectives 
par Baldassare Peruzzi, 1510-1511

Dans l’image ci-dessous, toute la zone entourée de rouge est peinte sur les murs. Comme nous le montre le point de fuite signalé en bleu, il est nécessaire de se placer à droite de la pièce pour voir le sol peint dans la perspective du véritable dallage.L’illusion est renforcée par le traitement illusionniste des marbres, par le trompe-l’œil de la statue en pied dans sa niche. Si l’on pivote sur la gauche, c’est une autre vue illusionniste qui s’offre à nous :Le long des murs, plusieurs ouvertures sont également des trompe-l’œil. Si l’on quitte le point de vue idéal pour rejoindre le centre de la pièce, la magie disparaît :On peut toutefois se consoler en admirant les monuments qui parsèment le paysage romain, tout à fait reconnaissables.

Les deux images ci-dessus viennent d’ici.

L’Allégorie de la mission des Jésuites peinte par Andrea Pozzo sur le plafond de l’église Saint-Ignace de Loyola à Rome présente une architecture compliquée de colonnes et de balcons peuplés de personnages. Pour l’admirer dans toute sa splendeur il est nécessaire de se placer en un endroit signalé au sol, sous le Christ qui est le point d’où partent toutes les lignes de fuite.

Allégorie de la mission des Jésuites
par Andrea Pozzo, fresque de la voûte
de la nef de Saint-Ignace, Rome, 1685-1694

Ah ! Petit détail : tout ce que vous voyez, ces colonnades, ces voûtes, ces décrochements et ces encorbellements ont été peints sur une simple voûte en demi-cercle. La forme de ce plafond voûté nous apparaît dans cette autre vue qui nous montre des personnages plats, comme s’ils étaient en papier et se décollaient du mur   :Faisons un demi-tour. On aperçoit alors, au delà de cette voûte peinte, un oculus, c’est-à-dire une ouverture pratiquée au sommet d’une coupole. Trompe-l’œil aussi, illusion perspective : il s’agit d’une peinture sur toile que Pozzo réalisa en 1684-1685.Et là encore, il faut se placer en un point précis indiqué sur le sol pour la contempler au meilleur de sa forme. Ce dôme factice fut créé pour en remplacer un vrai, dont le projet de construction fut abandonné sur demande des dominicains voisins qui craignaient que cette construction prive de lumière leur bibliothèque. On savait vivre, en ce temps-là !

Dans le prochain billet, d’autres illusions nées de la perspective conçues sous d’autres horizons.

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